Typologie et ergonomie des sites web / Étienne Armand Amato

Étienne Armand Amato, chercheur et enseignant en sciences de l’information et de la communication, co-fondateur de  l’Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines et conseiller auprès de l’IHEST,  a passé une demi journée au Cnam pour nous parler typologie et ergonomie des sites web.

 

Il est 8h50 et ceux d’entre nous qui sommes arrivés avec un peu d’avance découvrons la salle qui nous a été attribuée pour la première de deux matinées que nous allons passer avec Étienne Armand Amato. Notre première réaction : réarranger les tables en « U » pour favoriser la logique de pédagogie inversée. Mais l’espace étant restreint, nous y avons renoncé. Nous nous sommes donc installés en mode « traditionnel », par rangs.

Il est désormais 8h59 et quelques auditeurs manquent à l’appel… Qu’à cela ne tienne, Étienne Armand Amato est dans les starting-blocks ! Pas étonnant, puisqu’il lui faut distiller en une matinée ses connaissances en sciences de l’information et de la communication et, notamment, en matière d’interactivité, d’ergonomie et de design numérique. 


Transition, transformation, révolution… le choix des mots


En introduction, Étienne Armand Amato nous invite à nous pencher sur le sens et la coloration des mots. De quoi parle-t-on véritablement et dans quel contexte lorsqu’on emploie les mots : transformation, transition, mutation ou révolution du « numérique » ? En guise de pistes de réflexion, il nous fait part de l’étude sociologique commanditée par l’IHEST et réalisée en partenariat avec l’OMNSH intitulée Les représentations et les discours sur le numérique des auditeurs de l’IHEST  qui « doit permettre d’évaluer la diversité des représentations associées au numérique chez ses auditeurs ». Le panorama de qualificatifs du numérique qui y a été réalisé est très riche. Par ailleurs, il nous apprend qu’il animera en mars 2018 la deuxième édition d’un atelier numérique destiné aux hauts dirigeants et responsables publics et privés intitulé « Les mots du numérique« , dont le pitch est le suivant : « en déconstruisant mots et images, en concrétisant pratiques et dispositifs, une trajectoire structurante et signifiante permettra de revisiter les fondements de cette révolution technologique et anthropologique pour questionner ses derniers développements et innovations impactant nos choix de société ».

J’ose l’analogie selon laquelle ce cours est délivré en mode “hyper” pour illustrer le propos ! Pour citer notre intervenant, il s’agit de « prendre les mots au mot », car ils sont souvent une grande source d’information. En effet, chaque préfixe, chaque suffixe, chaque terme, chaque expression, métaphore ou analogie (et le numérique en compte beaucoup – cf. le livre d’Isabelle Compiègne, Les Mots de la société numérique, éditions Belin, 2010) décrit une réalité et permet d’accéder à des nuances ou variantes de cette réalité. Cependant, une réalité peut en cacher une autre, car les mots ne sont pas neutres et peuvent occulter d’autres facettes d’une réalité donnée, d’où la nécessité de s’interroger en permanence sur le choix des mots. Etienne Armand Amato nous encourage vivement à nous constituer un “herbier terminologique” que nous enrichirons au fil de nos recherches et découvertes.


Hyper et cyber


Nous établissons que le paradigme du “web” est un système général avec des principes basés sur la logique “hyper”, initialement des fragments de textes reliés entre eux et se renvoyant les uns les autres qui se sont enrichis, avec la puissance croissante des ordinateurs, de médias divers : images, son, vidéo. La logique “hyper” va de pair avec la logique “cyber”, qui se réfère à l’action du navigateur, comme l’indique son étymologie “kubernei”, le gouvernail en grec. Il s’agit d’un couple de notions fondamentales pour comprendre la logique qui régit le web, à savoir une logique de commande par le clic et de contrôle par le navigateur.

Il existe différentes propositions de catégorisation des sites web. L’une s’appuie sur une classification par versions (du mot “versioning” emprunté au lexique informatique) définies selon des degrés de connectivité sociale et informationnelle, et décrit l’existence et la coexistence de plusieurs versions évolutives du web basées sur une logique de progrès : web 1.0 “statique”, web 2.0 “dynamique”, web 3.0 “sémantique” et web 4.0 “intelligent”. Les sites peuvent également être catégorisés par la technologie qu’ils emploient, tel le Flash, ou encore selon la complexité de leur interface. Le Wayback Machine est un enregistrement de toutes les pages web depuis une vingtaine d’années et permet d’explorer les sites web dans le temps et d’analyser l’évolution de leur contenu. On relève qu’avec l’arrivée de matrices d’organisation de contenus (CMS), les sites gagnent en interactivité et tentent d’aller toujours plus loin dans la synchronisation avec le temps réel.

Le site “Don’t Click It” offre une expérience ergonomique unique qui met en lumière les logiques d’interactivité qui nous amènent à fréquenter l’information. En effet, l’interface nous met en situation de survol où le clic est absent et nous propose une approche réflexive sur le paradigme WIMP (Window Icon Menu Pointer), car le pointeur est un élément d’ergonomie important de par sa fonction de désignation et d’effectuation qui s’associe au caractère “hyper” du web selon une logique attractive de téléportation.


Surfin’ on the information highway !



Un site internet distribue de l’information et des capacités d’action, ce qui est à la base de tout système interactif. Le rôle de l’ergonome est de faciliter cette action selon une problématique d’organisation logique et compréhensible de l’information. 
Nous en revenons à l’importance des mots et à la richesse des métaphores qui permettent aux utilisateurs du web, en facilitant la compréhension générale de l’action de consultation des sites web, de s’approprier le web. Référons-nous aux études d’Herbert Marshall McLuhan, intellectuel et visionnaire canadien du XXe siècle pour qui  « le média de communication peut avoir, à long terme, plus d’importance que le contenu qu’il transmet car il est une extension de nos sens et, de ce fait, détermine la façon dont nous abordons le monde et la société.” Pourquoi avoir retenu la métaphore du surf au détriment d’autres métaphores ?

D’autres expressions ont eu leur moment de gloire à d’autres moments dans l’histoire du web et dans d’autres cultures. Au Canada, l’expression « butiner » évoque la nature « saccadée » et « coupée » du web, tout en évoquant l’action de voyager afin de “faire du miel d’enrichissement culturel” ! Aux États-Unis, Al Gore avait lancé le fameux « Information Highway » pour décrire la rapidité, la fluidité, la quantité d’informations transportée par le web.

Le “pseudonymat” permet d’introduire une autre approche de la typologie des sites web fondée sur la finalité du site, comme décrit par Dominique Cardon dans son article Le design de la visibilité, dont l’objet est de “proposer une grille de lecture d’un ensemble très varié de plateformes relationnelles (site de rencontre, blog intimiste, réseaux social, partage de contenus, microblogging, monde virtuel) en caractérisant ensemble les différents formats identitaires que produisent les participants et les modes de visibilité que leur réserve les plateformes. L’article propose ensuite quelques éclairages sur la pluralité des formes identitaires, la diversité des formes et de la taille des réseaux sociaux de l’Internet et l’originalité des formes de navigation sur ces plateformes.” 

Les principes d’ergonomie et de design des sites web sont nombreux et nous pouvons retrouver de nombreux documents sur le web qui les énumèrent. In fine, pour appréhender la nature complexe et plurielle du web et par extension celle du numérique, nous devons nous interroger sur ce que le numérique a changé dans nos vies et de quels éléments sont composés les sites web. Nous devons utiliser comme base de réflexion nos propres expériences d’utilisateur et connaissances pratiques, les décomposer pour les comprendre afin de pouvoir les restituer et expliquer, une méthodologie ancrée dans une approche rétrospective et prospective [pour créer de la perspective].

 


Article écrit par Malia Ukishima

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